Cuenca, classée au patrimoine mondial de l’humanité, est l’une des plus belles villes de l’Equateur. Nous y avons passé trois jours magnifiques à arpenter ses rues cahoteuses, à y photographier ses édifices de style colonial, mais nous ne vous en montrerons pas une photo. Pour la simple et bonne raison qu’on s’y est fait voler notre caméra, notre Ipad et notre ordinateur portable.

Tout ça s’est produit alors que nous quittions cette belle cité. Nous nous sommes levés tôt pour prendre un bus vers le nord, direction le volcan Cotopaxi, l’un des plus beaux volcans au monde. Nous sommes tous excités à l’idée d’aller passer trois jours dans un lodge en altitude, sans accès internet, dans un endroit isolé et calme, loin du bruit et du chaos des grandes villes. Nous entrons dans le bus à 07h00; comme d’habitude, Émile et moi chargeons les gros sacs à dos sous l’autobus pendant que Corinne monte à bord avec les deux petits. Nous avons des sièges assignés presqu’à l’avant du bus. Nous prenons place et, erreur, déposons le sac avec la caméra et le sac de jour, contenant Ipad et laptop, dans le compartiment au-dessus de nos têtes…

Un homme entre dans le bus, se plante face à tous et se met à raconter sa vie de misère afin de nous inciter à acheter ses paquets de gomme. Cette façon de faire est assez courante en Équateur et c’est franchement un peu comique. Je traduis de mon mieux la complainte aux enfants qui veulent toujours savoir ce que ces vendeurs ont à dire. L’homme raconte qu’il a perdu son père, qu’il n’a pas eu la chance qu’on a, que nous sommes de braves gens, que le Seigneur veille sur nous, et tout le tralala habituel. On a entendu des discours similaires dans à peu près chaque autobus mais on ne s’en lasse pas. C’est particulièrement bien fait et j’admire son verbe et sa prestation. Pendant qu’il parle, le vendeur marche dans l’allée et donne ses gommes qui sont curieusement presque toujours acceptées par tous. Vous comprendrez que je raconte tout ça pour expliquer que pendant tout ce temps, aucun de nous ne pense à jeter un coup d’oeil sur les sacs au-dessus de nos têtes…

Nous quittons Cuenca pour un trajet de plus de huit heures. Tout juste à la sortie de la ville, cinq jeunes demandent à descendre. Comme c’est étrange, ai-je pensé. Ils prennent un bus de longue distance comme si c’était un bus de ville. Ils sont fous ces Equatoriens. Pas si fous que ça… Quelque trente minutes plus tard, Louis demande pour aller aux toilettes. Il revient. « Papa, y a pas de papier dans les toilettes. » « Pas de problème, répond Corinne, papa va te passer les serviettes dans le sac de caméra », et elle me pointe le compartiment au-dessus de ma tête. Je me lève. « Il est où Corinne le sac de caméra? » Je sens une boule se former dans mon estomac. On fouille le porte-bagages, on fouille du regard les passagers derrière nous, tout se passe très rapidement, la panique commence à s’installer, Corinne, les enfants et moi crions en français et tous nous regardent d’un air perplexe. Ils n’ont pas l’air de comprendre notre désarroi soudain! Dans la panique Corinne ouvre le sac de jour pour confirmer que le laptop s’y trouve toujours, avec le backup de TOUTES nos photos des dernières six semaines. « ERIC, il sont où le laptop et le Ipad!!! »

C’est la totale. En quelques minutes d’inattention, on vient de se faire voler plus de 3000$ de technologie, ET, ce qui fait le plus mal, toutes nos photos des Galapagos, de l’Amazonie et des autres destinations. Je me retourne et demande en espagnol si quelqu’un a vu une personne prendre toutes nos affaires; comprenant maintenant mieux la situation, tous me regardent avec des visages tristes en me faisant signe qu’ils n’ont rien vu. Puis, je repense aux cinq jeunes qui sont descendus du bus tout juste à la sortie de Cuenca. Ah ben tab…..

Les vols en voyage, ça n’arrive qu’aux autres. Jusqu’à ce que ça nous arrive. En préparant notre tour du monde d’un an, on avait envisagé la possibilité de se faire voler, mais c’est tout de même un choc quand ça arrive. On a le sentiment de s’être fait berner comme des débutants, pas parce qu’on est des débutants, mais parce qu’on a relâché notre garde. Après près de deux mois sur la route, on relâche notre vigilance, on ne se croit pas invincible mais c’est tout comme. On connaît le pays, on s’y plait, tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Et puis en quelques secondes tout bascule.

Après coup, il est assez facile de constater qu’on a commis une bévue. Quand on raconte aux autres voyageurs qu’on a laissé nos sacs dans le compartiment supérieur, on peut lire dans leurs yeux qu’on a gaffé. Ils opinent tous du bonnet par contre quand on leur explique qu’avec les petits alentour notre première préoccupation en montant dans un bus de s’assurer qu’ils sont tous les trois là à nos côtés!

La perte de nos photos nous a fait passer par toutes les phases du deuil: la tristesse, la colère, le déni, etc. L’incident est encore frais et nous ne sommes certainement pas rendus à l’étape finale de l’acceptation. Je ne suis même pas certain qu’un jour on puisse raconter le vol en rigolant comme on relate une bonne mésaventure de voyage. MAIS, nous sommes maintenant rendus au Brésil, le pays de la samba, du carnaval, du ballon rond, et nous ressentons de nouveau ce sentiment enivrant que nous apporte la découverte de nouveaux lieux et d’une nouvelle culture. Nous relevons tranquillement la tête, comme toujours, pour foncer vers l’avant et se remplir les yeux de cette belle humanité qui nous entoure.

7 commentaires on “Souvenirs doux amers de Cuenca

  • Nous étions en équateur au Pérou et en Bolivie il y a 12 ans et on surveillait nos sacs à chaque arrêt…mais c’est dans un bus à Quito que mon passeport a disparu le 1er jour..un enfant était accroché à ma jambe bien gentiment…..
    Nous serons à Buenos Aires en janvier pour 5 mois en Amérique du Sud et votre expérience ne sera pas veine.bonne suite à vous 5 peut-être pourra t on se croiser.

  • Eric, tu pourrais t’organiser avec qqn au Quebec pour mettre tes photos sur un disque vituel tel que dropbox et demander a qqn de les garder pour toi ici en back- up.

    • Salut Fred,
      yes, on s’est arrangé avec la soeur de Corinne pour ça, mais malheureusement la connexion Internet est souvent bien lente pour charger les photos. Disons qu’avec la leçon apprise on fait effectivement plus souvent des backups, même si ça veut dire ralentir le rythme.

  • Je suis tellement désolée! C’est vraiment triste. Storage en ligne de rigueur à partir de maintenant!! J’espère que cela ne vous gâche pas complètement le souvenir de ce beau pays. Alle les amis, chin up!
    Gros bisous

  • Désolé d’entendre que vous vous êtes fait voler, c’est malheureux. Nous vous souhaitons du bon temps au Brésil et des découvertes intéressantes. On pense à vous.

    Marc et Isabelle

  • Nous avons aussi perdu des photos de notre voyage en Grèce et Turquie il y a de ça quelques années. Ce fut une grande peine de perdre des souvenirs si précieux. Vous pourriez considérer utiliser un storage en ligne tel Dropbox. Ce sera un endroit sécuritaire pour sauvegarder vos photos. De plus, vous pourriez les partager avec vos proches en leur donnant accès à votre storage en ligne. Malgré qu’on ne vous connait pas tellement (de vue au collège militaire), nous sommes fascinés par votre voyage et aimons vous suivre dans vos aventures. Bonne continuation!

  • nous sommes désolés pour le vol de vos équipements,Cest vâchement bête. conserver le moral et jouissezde la vie et du jour présent,Loulou et Bob

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