Ces derniers jours, Corinne et moi nous étions beaucoup questionnés à savoir comment nous allions célébrer la fête de Noël dans un endroit où on n’a ni famille ni amis, et que de surcroît c’est l’été et nous sommes en camping… La solution était simple: respecter les traditions familiales, c’est-à-dire passer un bon repas ensemble, aller à la messe de minuit et puis rentrer à la « maison » pour ouvrir nos cadeaux.

 

Nous sommes dans une petite ville de l’île du Sud et le choix de resto est assez limité alors nous avons donc opté pour le « Lone Star »; ça n’avait rien d’extravagant mais ça a été un véritable festin parce que ça faisait plusieurs semaines que nous avions réussi à éviter les restos – très chers! – en Nouvelle-Zélande et auparavant en Polynésie française. Après le fastueux repas de fish and chips, wrap au poulet et côtes levées, nous sommes allés à l’église.

 

La messe de minuit, ça a toujours fait partie de la fête de Noël dans notre famille. Quand j’étais petit, la messe de minuit c’était le passage obligé, la souffrance, le long tunnel noir avant le retour à la maison et le déballage des cadeaux tant attendus. Puis, petit à petit, je me suis mis à « apprécier » non pas la messe comme tel, mais les symboles et surtout les tableaux qui remplissent l’église. Fasciné par les tableaux du chemin de croix, j’ai appris à relativiser mon propre calvaire d’enfant; je me disais que supporter une heure à l’église, ce n’était rien par rapport à ce qu’ils lui ont fait à lui, avec les coups de fouets, les épines sur la tête, les clous dans les pieds et les mains. Puis, petit à petit, je me suis intéressé à la cérémonie, j’ai appris et aimé ses chants, j’ai fini par apprendre les paroles qu’il faut marmonner quand le prêtre termine certaines phrases clé, j’ai maîtrisé la « technique » pour placer les mains afin de recevoir l’hostie, la façon d’avaler ce petit bout de carton sec sans avoir l’air de mâcher… Enfin plus vieux j’ai compris que le sermon est la seule partie « ad lib » de la cérémonie et j’ai aussi appris à l’apprécier, à l’anticiper même.

 

 

On est assez moqueurs dans la famille, et malgré son caractère sacré la cérémonie de Noël n’échappe pas à notre humour parfois grinçant. En fait c’est pratiquement une tradition chez nous de « commenter » la messe quand, la cérémonie terminée, on s’engouffre dans les voitures, frigorifiés mais tout excités de rentrer à la maison pour fêter. S’il y a eu des situations cocasses pendant la cérémonie ou si un des célébrants a dit ou fait quelque chose de comique, on va en rigoler pendant tout le trajet. Hier, à la petite église catholique de Wanaka, Nouvelle-Zélande, je sais exactement de quoi ma famille se serait moquée : elle aurait fait de nombreuses blagues sur l’organiste, dont le rôle consistait uniquement à peser sur le bon bouton sur son clavier afin que son petit orgue synthétique entame seul les chants de Noël!  L’autre sujet de moquerie aurait été le pauvre arbre de Noël rabougri qui « trônait » derrière l’autel.  Au Québec on aime les sapins cultivés dans une sapineraie, des sapins bien fournis dont le seul but de leur existence est d’un jour être acheté à fort prix pour trôner dans une maison durant la période des fêtes. Le sapin de l’église de Wanaka faisait plutôt partie de la variété de ceux qu’on appelle affectueusement les sauvageons, les arbres naturels.  Ça peut certes être beau un sapin naturel, mais le sauvageon d’hier c’était celui qui ne trouve pas preneur avant le 24 décembre et qu’on vend au tiers du prix avant de fermer boutique jusqu’à l’année prochaine…

 

Au-delà de ces petits détails cocasses et anodins, nous avons eu droit à une très belle cérémonie de Noël. Le prêtre était fort sympathique, il nous a fait rire tout le long de la messe et il a même sorti sa guitare pour qu’on chante avec lui. Avec son crâne complètement dégarni, son fort accent et ses grands gestes un peu mal coordonnées, il me faisait penser au chanteur du groupe Midnight Oil que plusieurs reconnaîtront du fameux clip « Beds are burning » des années 80. Plutôt que de nous faire un sermon, le prêtre au très large sourire nous a parlé du Noël le plus marquant de sa vie. Il nous a raconté que pendant toute son enfance, son père était très malade; tous ses souvenirs de lui se passent dans une chambre d’hôpital, où son père est alité, branché sur des appareils. Comme le prêtre était le dernier d’une famille de 10 enfants, avant Noël son esprit était plus préoccupé par tous les cadeaux qu’il allait recevoir, s’il bien qu’un Noël, alors qu’il n’avait que 7 ou 8 ans, il a oublié de préparer un présent pour son père… Réalisant son erreur il demande à sa mère ce qu’il devrait faire, et celle-ci lui suggère de trouver des raisons pour dire merci à son père. Il s’approche du chevet et lui dit, simplement: merci d’être toujours en vie. Puis il se met à pleurer. Le père aussi évidemment se met à pleurer et lui répond : c’est le plus beau cadeau que j’aie reçu de toute ma vie.

 

En écoutant cette histoire, je suis moi aussi ému et je pense à mon père qui nous a quitté de façon inattendue  il y a 10 ans, et à ma mère qui, malgré un diagnostic de cancer en 2002, est restée assez longtemps avec nous pour voir naître nos trois enfants. Je regarde nos trois petits assis sur le banc entre Corinne et moi et je me remémore tous ces Noëls où j’étais assis à l’église avec mon frère et ma soeur, entre papa et maman. Je revois les Noëls au chalet et ceux chez les cousins.  Je me rappelle la fois où mon père, un ancien prêtre catholique, avait pleuré d’émotion quand on lui avait demandé sa bénédiction.

 

La petite Juliette me demande souvent ces derniers temps: « Papa, c’est quoi la magie de Noël? » Elle a entendu cette expression et elle s’imagine que ca fait référence à un magicien, un chapeau noir, une baguette et un lapin. La magie de Noël, je crois, c’est cette capacité de nous ramener le souvenir de ceux qu’on aime et nous faire revivre nos plus beaux moments en famille. Il n’y a rien comme Noël pour nous rappeler le souvenir de nos parents et de notre enfance de façon aussi vive.

 

On en profite pour souhaiter à tous un Joyeux Noël et un merveilleux temps des Fêtes.

 

 

 

 

 

2 commentaires on “Noël en Nouvelle-Zélande, une réflexion sur la fête

  • Salut la famille Sauvé-Nadeau.
    Bonne fin de voyage et bonne année 2015. On hâte de vous revoir à votre retour.
    En passant, blogue qui fait réfléchir, bien fait.

    Famille Lessard-Chénard.

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