Dimanche soir nous nous promenions au centre-ville de Wellington et nous sommes tombés sur un théâtre qui affichait une représentation sur La Nativité le soir même. Comme Noël est à nos portes, comme les enfants se plaignent constamment du fait qu’il n’y a pas de neige et qu’on ne se sent pas trop dans le temps des fêtes, on s’est dit que ce serait une bonne idée d’aller voir la pièce, d’autant plus que la représentation est gratuite. Je vois sur l’affiche que la pièce est présentée par Arise Church, une église que je ne connais point, mais leur logo laisse soupçonner que c’est probablement un groupe de « born again Christians » ou de croyants 2.0. Mais, qu’est-ce qu’on en a à faire, le spectacle est gratuit!

Un peu avant 19h00 nous entrons donc dans le théâtre. Dans le lobby les gens nous accueillent avec de larges sourires, tout le monde semble se connaître et s’apprécier, on se croirait à un colloque de jovialistes! La salle est superbe, avec deux balcons, deux ecrans géants et un plafond décoré style baroque. Elle ne manque pas de moyen cette église pour offrir quatre représentations gratuites dans un tel théâtre! La dame à côté de moi, bien gentille mais un peu bizarre, tente par tous les moyens d’engager une conversation sur l’Église avec moi mais je l’évite systématiquement en prétextant m’occuper des enfants.

A l’heure exacte, cinq jeunes se présentent sur scène, micros à la main, vêtus dans un style décontracté, très branché. Avant même qu’ils ouvrent la bouche je dis à Corinne: Je crois qu’on est à Star Academy! Et c’est exactement ce qui se produit, ils se mettent à chanter des chansons d’église version pop; la salle, conquise d’avance, se lève spontanément, chante et tape des mains pour accompagner les chanteurs. Clairement, la majorité des spectateurs vient de l’Église Arise, il y a très peu de « walk-in » comme nous! On est à Wellington mais on pourrait tout aussi bien être dans le Sud des États-Unis. Je me dis qu’on va avoir droit à une autre expérience cul-tu-relle…

Après les chants la pièce sur La Nativité débute (enfin). C’est un mélange de moderne et d’ancien, du style Joseph le charpentier avec des outils électriques dans son atelier, les rois mages qui se promènent en planche à roulettes, GPS à la main, ou l’aubergiste de Bethleem qui se désole de ne pas avoir ses cinq étoiles (sur Tripadvisor, en sous-entendu). C’est comique et bien fait.

Après la pièce, un jeune « preacher », toujours au look décontracté, vient sur scène et nous parle de sa reconversion, de son retour à l’Eglise lorsqu’il a découvert Arise Church, une église dans laquelle il se reconnaissait finalement. C’est un excellent prédicateur, il s’exprime avec aisance, il est très charismatique et nous parle d’un dieu présent, d’un dieu personnel, d’un dieu impliqué, de l’importance de notre réponse à ce dieu. La foule est entièrement derrière lui, certains approuvent par des « yeah », des « humhum », des « right! », des encouragements sonores de toutes sortes. Plusieurs ont les yeux fermés, les visages ou les mains levés vers le ciel. Certains pleurent. Bien que je me doutais fortement que cette représentation « gratuite » serait une opportunité de recrutement, la longueur de son discours et la participation très active de la foule me fait réaliser qu’on est maintenant en train d’essayer de nous faire entrer dans leur église!

Après un long prêche, le pasteur nous demande de fermer les yeux, puis il demande à ceux qui veulent laisser entrer Jésus dans leur coeur de lever leur main très haut. Et il encourage, il insiste. Ça dure longtemps. En ouvrant le coin de l’oeil, Corinne réalise que Juliette est sur le bout de sa chaise, la main levée très haute avec un large sourire plein d’enthousiasme et de conviction. Emile aussi lève la main, un peu plus par curiosité de voir ce qui va se passer. Louis, qui est assis sur moi, ne peut lever les mains car je les tiens fermement, et moi je me cache le visage dans ses cheveux parce que je suis pris d’un fou rire incontrôlable et nous sommes à 15 pieds devant le preacher…

Le preacher demande ensuite à tous ceux qui ont levé la main de venir devant le stage pour prier avec lui. Juliette insiste pour y aller, Louis aimerait aussi aller faire un tour et je n’ose pas les laisser aller seuls. Voyant tout ça, la dame à mes côtés m’offre de les emmener. OK, ça règle mon problème. Je me retourne vers Corinne et lui lance à la blague: « Ca y est, on vient de perdre nos enfants dans l’Église! » Après la prière, tout le groupe devant le stage est mené à l’extérieur de la salle! La dame qui mène mes enfants me regarde avec un grand sourire pour me rassurer! Je suis figé pendant quelques secondes, moi qui déteste ne pas avoir un oeil sur eux en voyage. Je suis le groupe des yeux, il sort de la salle!

Rapidement on se consulte Corinne et moi, on ne va quand même pas laisser nos enfants avec une étrangère, même si « elle nous veut du bien »… Je me lève et me dirige vers la sortie. Toujours ce personnel de l’Église Arise qui se met dans mon chemin: Yes, can I help you? avec leurs plus beaux sourires. « WHERE IS THE GROUP GONE? » On me rassure, il sont juste à l’extérieur de la salle. Je fonce dans le lobby, pas de trace du groupe. « WHERE ARE THEY?? Oh, just upstairs… Ils commencent sérieusement à m’énerver avec leurs sourires et leurs airs angéliques… Je ne suis pas inquiet pour la sécurité des enfants mais j’ai surtout peur que eux s’inquiètent de notre absence.

Je monte l’escalier 4 par 4 et arrive derrière ce que je crois être le groupe de « convertis ». Je vois un autre pasteur à l’avant qui les remercie de leur engagement et les invite à prier avec lui. Je scanne la salle du regard et je n’arrive pas à apercevoir Louis et Juliette. Je me mets à avancer dans le groupe et un autre membre de l’Église se met dans mon chemin mais cette fois-ci devant mon air enragé il ne me demande pas s’il peut m’aider mais plutôt « Are you OK sir? ». No, not so much, where the #@/$ are my kids? Finalement je les vois tous les deux au premier rang. Ils sont en train de déballer un cadeau – une bible, évidemment – et ils ne semblent pas inquiets le moins du monde, ce qui me calme un peu. La dame qui les « accompagnait » ne semble pas trouver complètement inapproprié de quitter une salle avec des enfants sans avertir leurs parents. J’aperçois du coin de l’oeil par contre qu’une autre lui fait des remontrances en constatant mon arrivée. Finalement je ramène les deux petits avec moi, malgré les protestations de Louis qui veut profiter du buffet qu’ils lui ont offert, et l’insistance des « disciples » qui aimeraient bien « partager leur foi avec nous. »

Je ramène les petits dans la salle juste à temps pour qu’ils attrapent quelques bonbons lancés par les acteurs. Je raconte le tout à Corinne et qui est-ce que je ne vois pas arriver? Ma voisine qui revient avec son sourire éternellement collé au visage et tente maintenant d’engager la conversation avec Corinne! Non mais elle n’a pas toute sa tête ou bien elle est programmée pour recruter? C’est qu’ils sont insistants ces Arise Church Christians… Merci pour le spectacle gratuit, joyeux Noël, et meilleure chance avec les prochains walk-in! Nous on se casse…..

6 commentaires on “Quand c’est gratuit, y a toujours un prix!

  • Bonjour Eric,

    I knew the Kiwis were weird but you seem to have found some of the weirdest.

    Unfortunately, you and the family won’t find any snow in Australia at this time of year either…plenty of beer though. Looking forward to seeing you all soon.

    Regards

    Chip

  • LOL, je comprend bien que vous vous cassez a la fin….. j’aurai fais la meme choses !!!
    Je suis toujours presser de « vous lire » des que je vous un nouveau notre tour du monde qui arrive.
    GRAND MERCI de partager une parti de vous experiences extraordinaire avec nous :-))
    Nous avons pu voir vos petits films que Corinne a réussi d’envoyer a Sophie samedi dernier.
    C’etait EXTRA de vous voir et d’attendre vous commentaire a part rapport de nous relations entre nous 2 familles. Fabrice et moi étaient tout emu devant tous le monde a la fete.
    Je vous aime tous les 5, prenez bien soins de vous et dans 6 mois un peu près on se verra chez nous !

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