En voyage nous recherchons des expériences authentiques qui nous permettent d’être témoins privilégiés de la vie quotidienne des habitants des pays que nous visitons. Découvrir une autre culture, avec toutes ses différences et similarités face à notre propre culture, reste toujours au coeur de nos motivations. Ce contact étroit avec la population n’est pas toujours possible puisque, qu’on le veuille ou non, nous demeurons des touristes aux yeux des habitants. À Sapa, une ville haut perchée dans le nord du Vietnam, nous avons quand même eu cette occasion privilégiée de séjourner dans une famille des tribus montagnardes, les Hmong. Un séjour plein d’authenticité, comme vous allez le constater…

Se rendre à Sapa à partir du Laos, c’est déjà toute une épopée… Le trajet se fait par étapes, de villages en villages, avec les moyens de transport locaux. De Nong Khiaw au Laos nous avons fait une journée complète de bateau sur la rivière Nam Ou. Ayant fait quelques jours auparavant la fameuse descente du Mékong de deux jours entre le nord de la Thaïlande et Luang Prabang au Laos, nous n’étions pas particulièrement enthousiastes de passer encore une journée sur l’eau… Notre “croisière” sur le Mékong avait été somme toute pas trop désagréable, mais pas exaltante non plus. Au matin du départ donc, bagages en main sur le quai de Nong Khiaw, nous avons été un peu abasourdis en apercevant notre embarcation pour la journée: une barque en bois à moteur avec quelques sièges de voiture fixés au plancher et deux banquettes de bois à l’arrière. En prime, une toilette à l’arrière, ouverte sur l’habitacle! Que demander de mieux pour passer les 8 prochaines heures sur la rivière?! Nous avons quand même réussi à convaincre les enfants que ce serait une super expérience cul-tu-relle, autrement dit un passage obligé et pas forcément plaisant…

Au bout d’une heure et demie, nous avons aperçu des “naufragés” au bord de la rivière. Et oui, leur super barque en bois avait pris l’eau et avait échappé de justesse au naufrage. Tous les passagers attendaient depuis 2 heures au bord de la rivière… Notre conducteur s’est arrêté pour aider à la réparation et pour nous ce fut une belle coïncidence car parmi les naufragés nous avons rencontré la famille Turboult, une famille française en tournée en Asie. Les enfants se sont immédiatement lancés les uns sur les autres, trop contents de trouver des amis. Et nous voyageons ensemble depuis…

 

Une fois réparé le bateau des Turboult a dû faire demi-tour, mais ils nous ont rejoint le jour suivant pour la prochaine étape du parcours: un bus local bondé où nous nous sommes tous entassés pendant 5 heures pour traverser la frontière lao-vietnamienne.

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La photo ne rend pas justice à la situation: on a l’air pas si mal comme ça, mais en fait on était assis sur des sièges de fortune en plein milieu de l’allée du bus avec des bagages et des sacs de marchandises un peu partout autour de nous, tout ça dans la chaleur et la poussière…

 

Ce bus nous a mené à notre première ville vietnamienne, Dien Bien Phu. Nous avons fait un arrêt de 24 heures, le temps de visiter les sites historiques de la dernière bataille française en Indochine.

 

Le second soir, nous avons pris un bus de nuit de 10 heures pour la dernière étape vers Sapa. Un “sleeper bus” vietnamien, ça a été une autre expérience cul-tu-relle… Pour résumer l’expérience, il suffit de dire qu’il faut essayer de dormir sur un siège incliné les pieds pris sous le dossier en avant de soi, avec des néons de couleur au plafond qui vont de pair avec une musique “dance” asiatique assourdissante. En plus, les passagers qui ont payé moins chers dorment dans les allées, ce qui donne l’impression de dormir dans le même lit qu’un étranger car les sièges sont au niveau du sol. Finalement, le trajet se déroule sur des routes sinueuses et cahoteuses qui donnent le mal des transports… Eric s’en souviendra longtemps, lui qui mesure 6 pieds 2… Après toute cette épopée, nous avons donc été laissés à la station de bus de Sapa en pleine noirceur à 4h30 du matin…

Vous voyez Emile tout au fond dans la foule??

Vous voyez Emile tout au fond dans la foule??

Le hasard faisant bien les choses, c’est à cette heure on ne peut plus matinale que nous avons rencontré Cho, une jeune femme Hmong qui retournait dans son village en moto avec son mari. Comme un grand nombre de femmes Hmong qui viennent à Sapa à la rencontre de touristes, Cho nous a offert de séjourner dans sa famille 1 nuit ou 2, à notre choix, moyennant quelques dollars par personne. La douceur et la gentillesse de Cho et son approche non intrusive nous ont beaucoup plu et nous lui avons donné rendez-vous le lendemain, car nous avions bien besoin d’une bonne nuit de sommeil avant de débuter un trek en montagne.

Les paysages que nous avons traversés pour nous rendre au village sont magnifiques. Des terrasses à flanc de montagne ont été sculptées afin de permettre la culture du riz, de l’indigo, des légumes qui nourrissent les habitants des villages. Ces derniers travaillent très fort toute la journée. On les voit s’agiter pour couper et transporter le bois de bambou ou travailler la terre avec les buffles qui tirent des instruments agricoles rudimentaires. Nos trois heures de randonnée pour nous rendre chez Cho nous ont permis d’apprécier l’atmosphère du nord vietnamien. Nous avons été chanceux d’avoir des journées ensoleillées, car le brouillard et la pluie sont souvent au rendez-vous dans cette région. Les gens disent de leur climat qu’il y a les quatre saisons dans la même journée  et qu’on ne peut jamais prévoir le temps qu’il fera dans l’heure qui suit!

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Nous avions accepté spontanément de séjourner chez Cho sans discuter avec elle de plus de détails que le prix du séjour, car c’est une expérience que nous voulions vivre. Nous n’avions donc aucune idée du genre de domicile dans lequel nous allions passer les 2 prochains jours. Nous avons cru, à tort, que nous nous retrouverions dans une famille dont les installations avaient été “adaptées” au tourisme, avec ces petits détails qu’apprécient les touristes comme du papier hygiénique, de l’eau en bouteille disponible au village, un oreiller pour dormir. Nous souhaitions quand même au fond de nous-même que l’expérience demeure la plus authentique possible. En anglais on dit “be careful what you wish for”… Et bien nous n’aurions pas pu être mieux servis! En arrivant chez Cho, nous avons découvert sa demeure: une maison traditionnelle en bois et bambous, des plafonds trop bas pour Eric, bâtie sur la terre battue. La cuisine: un espace aménagé avec au centre un trou creusé dans la terre battue pour faire un feu de bois et déposer les casseroles pour la cuisson des aliments. L’eau courante: un bout de tuyau de plastique qui détournait l’eau du ruisseau vers la maison. Les toilettes: une petite cabane de planche dans le jardin avec une toilette turque à l’intérieur. Les lits: des draps déposés directement sur les planches de bois, encore une fois trop petites pour un adulte de taille moyenne. Une seule chaise pour s’asseoir. Aucun jouet pour les trois petits enfants, tous très sales et le visage constamment barbouillé d’un mélange de terre et de morve.

Tout notre confort occidental nous a été retiré d’un coup. C’est une chose de voir la pauvreté en se promenant dans les villages et c’en est une autre de l’expérimenter. On a souvent vu des pauvres mais là on a vécu quelques heures dans leur milieu et expérimenté l’espace de deux jours leur vie très difficile. La famille de Cho cultive la terre pour le riz pour un salaire de crève-faim. Ils sont vaillants ces Vietnamiens. Ils se lèvent avant l’aube pour préparer les repas et travailler la terre. Les deux pieds dans la boue jusqu’aux genoux, les hommes poussent les buffles pour labourer le sol. Les femmes marchent des heures pour tenter d’aller vendre quelques objets d’artisanat au village et elles sont tellement nombreuses à le faire que le revenu doit être maigre. Aucun loisir, aucun divertissement, du matin au soir. Difficile de se projeter dans l’avenir dans de telles conditions. Seuls 3% des enfants vivant dans les tribus vont à l’école, même si l’éducation est gratuite jusqu’à 16 ans. Les garçons, lorsqu’ils seront assez forts, aideront à labourer la terre, alors que les jeunes filles accompagneront leurs mères à la ville pour vendre de l’artisanat.

On a peu dormi la première nuit, pas seulement à cause du lit en bois mais aussi parce qu’on réfléchissait sur leurs conditions de vie. Difficile pour nous de comprendre comment ils peuvent être heureux et souriants alors qu’ils savent qu’ils travailleront toute leur vie sans aucun espoir d’un jour voir leurs conditions s’améliorer ne serait-ce que de façon minimale. Dans la pyramide des besoins de Maslow, ils parviennent à peine à satisfaire de façon quotidienne leurs besoins physiologiques – avoir un logement décent, une nourriture saine, des vêtements. Ces gens-là n’ont aucune possession, aucune. S’ils avaient un jour à déménager leur ménage pourrait entrer dans une boîte en carton.

De toutes les expériences que nous avons vécues c’est peut-être celle qui nous a le plus rappelé comment nous sommes chanceux d’être nés dans un pays riche où on n’a jamais à s’inquiéter de pouvoir fournir aux enfants ce dont ils ont besoin pour se développer. Nos petites difficultés du quotidien nous paraissent bien futiles par rapport à la vie de ces pauvres gens. Et pourtant, eux ils semblent toujours heureux et ils se battent tous les jours pour améliorer leur quotidien.

Merci à Cho et à sa famille pour cette belle leçon de vie!!

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6 commentaires on “Du Laos au nord du Vietnam, toute une épopée…

  • Corinne,

    Thank you for allowing us to see the world through your eyes. The Vietnamese have certainly had a rough time and it would appear the life of the ‘average’ Vietnamese is still Spartan. It is a testament to their resilience as a people that even amid the hardships of life, they remain happy.
    Many thanks again.
    Chip

    • Hi Chip,
      We spent the last few days visiting the Halong Bay and what is dubbed the Halong Bay on land. I don’t know if you’ve had the chance to visit but these sites are magnificient. We will post our pictures soon. Take care. Eric

  • BonjourS
    MerciS pour votre descriptif authentique ce dimanche matin,
    cela a fait un be interlude
    profitez bien de ces bonheurs simples partagés en famille.
    BravoS pour vos choix
    JC

  • Magnifique expérience à Sapa qui sans doute vous fera relativiser tous les petits tracas du quotidien à l’avenir !
    Nous avions fait le trajet dans l’autre sens de Hanoi à Nong Khiaw (sans passer par Sapa). On a vécu à peu près les mêmes situations, mis à part le naufrage d’un bateau. Mais on a cru plusieurs fois se retrouver au fond de l’eau avec notre embarcation chargée avec plus de 30 personnes sans compter les bagages ! Un grand soulagement à notre arrivée à Nong Khiaw sur la terre ferme. Bonne visite du Vietnam !

    • Bonjour Anne, merci pour le commentaire! On revient tout juste de deux jours sur la baie d’Along. Magnifique, comme vous le savez!

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