L’histoire du génocide au Cambodge est assez peu connue en occident et pourtant c’est l’une des plus grandes tragédies du siècle dernier.  Si ce n’était de l’excellent film « The Killing Fields » (La déchirure), sorti en 1984, peu de gens seraient au courant de l’horreur qu’a vécu le peuple cambodgien il y à peine une trentaine d’années.
Entre 1975 et 1979, plus de 1.7 millions de Cambodgiens ont été exterminés par le régime des Khmers Rouges, dirigé par l’infâme Pol Pot. Pendant les trois années, 8 mois et 20 jours de règne des Khmers Rouges, les Cambodgiens ont connu l’horreur comme peu d’autres peuples ont vécu dans leur histoire. Les Khmers Rouges, un parti politique cambodgien d’extrême-gauche, avaient pour but de réformer complètement la société cambodgienne. Ils rêvaient de
créer une société communiste sans classes, purgée de l’influence occidentale ainsi que de la religion. Seulement deux jours après avoir pris le pouvoir, les Khmers Rouges vidaient, littéralement, la capitale Phnom Penh de ses habitants et envoyaient hommes, femmes, vieillards et enfants dans les champs pour reconstituer une société agraire. Parallèlement à l’établissement de camps de travaux forcés, les Khmers Rouges ont mis en place un système judiciaire dont la folie et la cruauté rivalisaient avec l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique sous Staline.
Le Lycée français transformé en prison S-21.

Le Lycée français transformé en prison S-21.

Au centre de la prison, un monument dédié aux victimes des Khmers Rouges.

Au centre de la prison, un monument dédié aux victimes des Khmers Rouges.

A Phnom Penh, Corinne et moi avons visité la tristement célèbre prison S-21 – sans les enfants, Dieu merci – où les Khmers Rouges ont emprisonné et torturé plus de 17,000 personnes. A l’origine un Lycée français, S-21 est la plus célèbre des 150 prisons mis en place par les Khmers Rouges à travers le pays. Aujourd’hui, c’est un musée, mais l’endroit a été laissé pratiquement dans le même état qu’il était lorsque les Khmers Rouges ont quitté, ce qui fait que nous déambulons dans des salles mal éclairées, sales, où se trouvent soit des cellules en béton minuscules ou des carcasses de lits en métal où les prisonniers étaient torturés, jour et nuit. Les édifices où logeaient les prisonniers sont entourés de barbelés installés à l’époque par les autorités pour prévenir les suicides, seule voie de salut possible pour les gens qui se retrouvaient là.
La visite de S-21 est assez éprouvante. Dans la majorité des salles se trouvent les photographies des prisonniers passés par là, car dans leur folie meurtrière les Khmers Rouges avaient une organisation très efficace: ils mesuraient et prenaient en photo systématiquement chaque prisonnier à leur arrivée. Par la suite, les détenus étaient emmenés dans une salle où ils étaient torturés par des gardes âgés majoritairement entre 15 et 19 ans, de pauvres paysans sans éducation qui étaient eux aussi, en quelque sorte, pris dans l’engrenage meurtrier des Khmers Rouges.
Dans la cour intérieure, on suspendait les prisonniers par des cordes sur cette potence.

Dans la cour intérieure, on suspendait les prisonniers par des cordes sur cette potence. Quand ils perdaient conscience on leur trempait la tête dans les jarres d’eau glacée pour les réveiller afin de poursuivre la torture.

Sous la torture on arrachait des « confessions » fictives aux détenus (collaboration avec la CIA, avec le KGB, etc.) et puis, toujours sous la torture, les détenus balançaient des noms de « traîtres » à la nation, toujours fictifs, ce qui faisait en sorte que la prison était constamment alimentée en nouveaux prisonniers.  Enfin, comme son idole Staline, Pol Pot pratiquait régulièrement des purges: les membres du parti qui montaient en grade étaient inévitablement un jour accusés de trahison et ils subissaient le même sort que les innocents qu’ils avaient torturé. Comme en Union Soviétique, la révolution a peu à peu dévoré ses enfants.
Les salles de classe ont été cloisonnés en cellules pour prisonniers.

Les salles de classe ont été cloisonnées en cellules pour prisonniers.

D'autres cellules, d'à peine 50 centimètres de largeur.

D’autres cellules, d’à peine 50 centimètres de largeur.

Difficile de dire ce qu’on apprend en visitant un tel musée, si ce n’est que la folie des hommes connaît parfois peu de limites. Comment des être humains sensés peuvent-ils s’en prendre avec une telle sauvagerie à leurs semblables? Cela demeure un mystère pour moi. Le plus triste dans tout ça, le plus choquant en fait, c’est que les plus hauts dirigeants du parti Khmer Rouge sont pour la plupart demeurés impunis, malgré les maigres tentatives de la communauté internationale pour les juger sur leurs crimes haineux. Seule note d’espoir, les Cambodgiens semblent avoir tourné la page sur cette période noire de leur histoire, ce qui est un exemple remarquable de leur tolérance et de leur capacité à pardonner.
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Les tombes des 14 derniers prisonniers retrouvés sans vie par les troupes vietnamiennes qui ont libéré Phnom Penh le 7 janvier 1979, mettant définitivement fin au règne de terreur.

6 commentaires on “Cambodge, le génocide oublié

  • Eric and Corinne,
    Australia’s had a bit to do with Cambodia over the years and lead the UN mission in the early 1990s. Having said that, most Australians are ignorant of what went on. A number of years ago, I read a book « The Stones Cry Out » about a woman’s journey through the Khmer Rouge era. It was quite a startling read.
    Thanks for the blog post and for illuminating the past issues in Cambodia for a new audience.
    Chip

    • Bonjour Chip,
      It’s a sad fact that some tragedies happening halfway around the world are sometimes barely acknowledged by the Western world. When the Khmers Rouges took power in Phnom Penh, the US did not want to get involved again in South East Asia, and had it not been for the vietnamese intervention in 1979 the Khmers Rouges could have ruled for a much longer time.
      Our next post will deal about how the once great Khmer empire, exempled by the magnificient constructions of Angkor, has been through a complete decline, and today Cambodia is a country which survives with the assistance of the foreign governments and the NGOs that have a very strong presence throughout the country.

    • By the way, the Google translation of this post was probably the best I have seen since you read this blog!!

  • Tout un récit wow…. Et merci pour toutes ses incroyables histoires qui s’ajoutent à notre culture (la mienne en tout cas!!).
    On a très hâte de vous revoir la famille Sauvé-Nadeau. Vous nous manquez! Xxxxx

    • Salut Nathalie,
      Merci de nous suivre et de commenter sur le blogue. Quand les series seront terminees, tu convaincras Steve de louer le film The Killing Fields, un excellent film! 😉 A plus.

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